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À qui appartiennent les lieux de musiques actuelles en Europe?

“When we buy a ticket for a festival or a concert, who do we really support, and what kind of ecosystem do we want for live music in Europe?” 

Live DMA, le réseau européen des associations nationales de la musique live, et le Reset! Network ont commandé conjointement une étude sur les structures de propriété dans le secteur européen de la musique live. Bien que largement invisibles pour le public, ces structures jouent un rôle déterminant dans la gestion des salles, la répartition des risques économiques et la destination des revenus générés par les concerts et festivals. 

L’analyse montre que plus de 150 des plus grands festivals européens sont contrôlés par seulement quatre groupes d’entreprises : Anschutz Entertainment Group (AEG), Live Nation, CTS Eventim et Superstruct. Ces mêmes groupes exploitent également certaines des plus grandes arènes et stades de concert en Europe — des infrastructures devenues centrales dans le contexte actuel de l’essor des tournées en arène et en stade. 

Une concentration du pouvoir tout au long de la chaîne de valeur 

L’influence de ces grands groupes ne se limite pas aux festivals et aux lieux de diffusion. Nombre d’entre eux sont verticalement intégrés et contrôlent simultanément plusieurs segments clés de l’économie de la musique live : billetterie, programmation (booking), promotion et, dans certains cas, management d’artistes. 

Live Nation, par exemple, possède Ticketmaster, l’une des plus grandes plateformes de billetterie au monde. D’autres groupes adoptent des modèles similaires. Cette concentration du marché de la billetterie suscite de vives critiques : elle soulève des inquiétudes quant à l’accès aux concerts, à la formation des prix et à la diversité de l’offre, dans la mesure où un nombre restreint d’acteurs contrôle à la fois les scènes et les canaux de distribution ainsi que la visibilité. 

Les lieux indépendants comme fondement culturel 

Face à cette concentration, subsiste un paysage riche et diversifié de clubs et de festivals indépendants de petite et moyenne taille. Ces lieux constituent des espaces d’expérimentation, soutiennent les scènes locales et offrent une visibilité à des voix qui trouvent peu de place dans le courant dominant commercial. Ils jouent également un rôle essentiel de tremplin pour les artistes émergent·e·s, tout en assumant une grande part du risque artistique et financier. 

Cependant, ces structures sont particulièrement vulnérables : hausse des coûts de production, incertitude des financements publics et pression concurrentielle croissante exercée par les grands groupes fragilisent leur viabilité à long terme. 

Avec l’augmentation du pouvoir de marché des grands acteurs, les craintes se multiplient quant à la marginalisation progressive des propositions indépendantes et expérimentales. Les minorités et les groupes marginalisés risquent de perdre en visibilité si la programmation est principalement dictée par des critères de sécurité économique. 

Conséquences pour le public et la participation 

La concentration du secteur de la musique live affecte non seulement les organisateur·rice·s et les artistes, mais aussi le public. La hausse des prix des billets, les frais supplémentaires liés à la billetterie et la disparition de lieux de proximité limitent de plus en plus l’accès à la musique live. La participation culturelle devient ainsi davantage dépendante des ressources financières et de l’infrastructure urbaine. 

Un autre effet structurel apparaît tout au long des trajectoires artistiques : lorsque des artistes passent de petites salles à de grands festivals, puis à des arènes ou des stades, les revenus générés à ce stade ultérieur ne retournent généralement pas aux lieux qui les ont soutenu·e·s et accompagnés à leurs débuts. Les retombées économiques se concentrent ainsi au sommet, tandis que la base du système reste chroniquement sous-financée. 

Vers de nouveaux modèles de solidarité ? 

Dans ce contexte, la question de la mise en place de nouveaux mécanismes de redistribution pour stabiliser durablement l’écosystème de la musique live gagne en importance. De tels instruments pourraient contribuer à préserver les structures sur lesquelles repose la diversité de la musique live en Europe. 

Vous trouverez plus d’infos et des cartographies des structures de propriété par ici.

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